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Suivi des paysages sonores

Au-delà du bruit et des nuisances sonores qui impactent la qualité des espaces, l’Observatoire paysage propose de documenter les ambiances acoustiques des paysages du Rhône, révélant les dimensions sensibles que la vue seule ne peut saisir.
son
Blocs

A la frontière entre nature et urbanisation, le fleuve est un écosystème sonore unique où se croisent biodiversité acoustique, pressions anthropiques et patrimoine culturel et sensible. Les sons qui s’y déploient, bruissements de l’eau, cris d’oiseaux, voix humaines ou trafic urbain, composent un paysage sonore riche, vivant, évolutif. Ces paysages sonores participent pleinement à l’identité du fleuve : ils portent la mémoire des lieux, témoignent du vivant, révèlent les pratiques et traduisent la qualité de vie des riverains (Eckehard et Isnart, 2013).
L’écoute du paysage sonore donne à entendre un système complexe. Il se compose de biophonie (sons du vivant), géophonie (processus naturels) et anthropophonie (activités humaines). Ensemble, ces trois dimensions donnent forme à un écosystème acoustique en constante transformation. Les enregistrements menés restituent ces strates, documentent les interactions entre milieux et révèlent les dynamiques saisonnières, spatiales et temporelles à l’œuvre. 
La sonorité du paysage est un indicateur sensible de ses équilibres, de ses usages et de son devenir (Quesney et Fol, 2023).
 

Murmures de la ville, au bord du fleuve

Portrait 2025
Pont de la machine, Barrage du Seujet, pointe de la Jonction, Viaduc de la Jonction, Plage Sous-Cayla

Réalisé par Jeanne Laborde - ingénieure son et Alain Richon - designer sonore

Le mélange des sons urbains et du vivant illustre l’interaction dynamique entre la ville, son fleuve et ses habitant.es dans une zone qui va du centre ville jusqu’à la plage Sous-Cayla.
Le paysage sonore au bord du fleuve dans le centre ville de Genève est un champ de frictions où les différentes sources sonores se chevauchent, se répondent et se modulent.

Un regroupement d’étourneaux a élu domicile pour quelques jours au carrefour du Rhône et de la rue du Montblanc. Lors du coucher du soleil, ils font des murmurations avant de venir, à la nuit tombée, se poser dans un arbre. Leurs chants en nombre ainsi que la circulation active créent un chaos assourdissant. Ils ajustent leurs chants pour compenser le masquage de la circulation.

Un héron cendré et des canards sont en bord de Rhône à la plage Sous-Cayla. Un passant réagit à la présence des micros et se fait entendre par des sifflements pour signaler sa présence.
Même si je veux effacer ma présence dans les enregistrements, je ne suis pas extérieure à ce que j’enregistre. Le son n’est pas un objet que je capture mais une pratique incarnée, immersive et participative.


Portrait 1 - été


Portrait 1 - automne

écoute de la rade

Coexistences sonores au pied des tours

Portrait 2025 
Lignon, Passerelle du Lignon

Réalisé par Jeanne Laborde - ingénieure son et Alain Richon - designer sonore

Le Lignon est une cité qui domine le Rhône et constitue un espace de cohabitation inter-espèce remarquable.
Un pont pédestre relie la cité avec la presqu’île de Loëx. Elle est à proximité avec une zone de loisir, celle du lieu-dit Au Moulin.
Plusieurs couples d’hirondelles ont niché dans le parking souterrain du Lignon. Ils font des aller-retours très réguliers partant chasser pour nourrir leurs progénitures. Quand une voiture passe, les lumières automatiques s’enclenchent et leur chant devient plus rapide. On entend les hirondeaux se faire nourrir. Ils ont des chants très aigus qui contrastent avec les sons très graves des bourdonnements des ventilations continues. Le temps de réverbération de cet espace est très long et caverneux. Le bourdonnement constant des installations mécaniques se mêle à ces trilles dont les échos s’intensifient selon leur position dans l’espace.

La cité du Lignon, un samedi midi estival, donne à écouter une faune assez discrète. Par endroit, la plaine désertique ne fait résonner la présence que de rares passants.

Proche d’un parc, des habitant.es se retrouvent pour partager un barbecue ou un match de foot. La situation propice du Lignon proche du Rhône octroi au milan noir un habitat estival de choix qu’il protège avec ses vocalisations, face au corbeau qui lui y a élu domicile toute l’année. La ligne aérienne proche crée un drone quasi continu qui assoit les événements plus rythmés des habitant.es humains et autres du lieu. Les bruits de vaisselle, les cloches de l’église, une trottinette, une boombox ponctuent le paysage sonore.
 


Portrait 2 - été


Portrait 2 - automne

le lignon qui s'élève au dessus des berges boisées

De la ville à la campagne, du proche au lointain

Portrait 2025
Méandre de Löex, Parc de Evaux, Passerelle de Chèvres

Réalisé par Jeanne Laborde - ingénieure son et Alain Richon - designer sonore

Le méandre de Loëx comprend une zone agricole, dans laquelle se manifestent les activités propres à l’exploitation des cultures ; on entend l’effeuillage des vignes, l’atomiseur, les toupins des moutons, le coq.

La fréquentation du secteur varie selon les périodes de l’année : les promeneurs sont plus nombreux en automne tandis qu’en été ils privilégient les activités de baignade ; ils se laissent porter par le courant du Rhône sur les bouées.

Dans le méandre se trouve un belvédère. Depuis ce point légèrement surélevé, le paysage sonore est marqué par une profondeur de champ remarquable ou on entend en premier lieu les activités agricoles, les promeneurs, plus loin les baigneurs et les sportifs qui s’entraînent au parc des Evaux, l’activité des habitants du Lignon, les cloches de l’église de vernier située de l’autre côté du Rhône. Cet endroit met en perspective l’environnement sonore urbain présent de l’autre côté du Rhône.


Portrait 3 - été


Portrait 3 - automne

campagnes de Loëx
spectogramme cloches des villages

Chemins d’écoute dans l’ancien lit du Rhône

Portrait 2025
Rive droite en aval du barrage de Verbois et jusqu’à la Plaine

Réalisé par Jeanne Laborde - ingénieure son et Alain Richon - designer sonore

L’été au lever de soleil, l’étang des Teppes présente une dynamique sonore caractéristique des zones humides avec le chœur de nombreuses espèces d’oiseaux et d’amphibiens.  C’est le moment où leur chant est le plus intense avec la fraîcheur de l’air qui améliore la propagation sonore.

A l’automne, une course de moto, bien connue des passionnés, se déroule sur la côte de Verbois. Les motards se retrouvent aussi tout au long de l’année pour éprouver ce virage à proximité du barrage. 
A la Plaine, il y a une promenade très fréquentée au bord du Rhône qui longe l’usine à parfum.

Le paysage sonore y est structuré par un drone continu de moteurs, sur lequel émergent les sons liés aux activités industrielles ou bien des moineaux, des avions. Un peu plus loin à l’embouchure de l’Allondon, s’ajoutent les sons du vent dans les roseaux, des clapotis de l’eau sur les galets, ainsi que la présence des familles qui viennent se baigner ou faire un barbecue sur la plage.
 


Portrait 4 - été


Portrait 4 - automne

cascade d'eau du barrage de Verbois
spectogramme avions et choeur des oiseaux

Résonances entre terre et ciel

Portrait 2025
Réserve de Moulin-de-Vert

Réalisé par Jeanne Laborde - ingénieure son et Alain Richon - designer sonore

Le paysage sonore de la réserve naturelle du Moulin-de-vert se compose simultanément des sons produits par le trafic aérien et la présence fréquente de motards, à proximité, et de ceux issus d’une grande variété d’oiseaux, d’insectes, d’amphibiens et des chauves-souris en été.

La zone subit une pression antropophonique élevée. Les avions passent très proches et il y en a toutes les deux minutes en heure de pointe l’été. Sous les avions, au même moment, au crépuscule (qui est un moment acoustique dense en été) les oiseaux vocalisent intensément et les insectes également se font entendre.

A l’automne, le passage du jour à la nuit ne crée pas de contraste sonore marqué. L’ activité sonore des oiseaux est plus répartie sur la journée, car ils doivent consacrer plus d’énergie à la recherche de nourriture qu’à la communication. 
 


Portrait 5 - été


Portrait 5 - automne

reflet et brume sur l'eau

Suivi cartographique des captures sonores